De la terre aux baguettes : agriculture et alimentaire, quelles évolutions au menu ?

Le jeudi 23 février, nous avons eu le plaisir de nous rendre à la conférence de la terre aux baguettes à Beijing, présentée par Marion Lespine, Directrice Générale de la coopérative agricole et semencière française Limagrain, et Benjamin Devos, créateur de la marque de boulangerie « Comptoirs de France Bakery Pékin ». Cette conférence avait pour objectif de présenter le secteur alimentaire en Chine dans son ensemble en mettant l’accent sur les principaux problèmes rencontrés.

Sur l’immense territoire que représente la Chine, seuls 15% sont utilisés pour l’agriculture. Chaque année, c’est 1% de terre arable qui disparaît, conséquence de la pollution, de l’urbanisation et de la désertification. Une course effrénée à la productivité s’engage.

Les scandales alimentaires restent dans les mémoires et sont la hantise des consommateurs chinois. Ils n’ont plus confiance. La Chine doit faire face à une pollution des eaux et de la terre, plus précisément à une pollution blanche c’est à dire une présence de métaux lourd dans les sols. Une étude sur cette pollution des sols a été publiée en 2011 par l’Etat, dans une véritable logique de transparence pour montrer sa volonté à changer les choses.

« La Chine doit inventer une agriculture à la fois productive, verte et sociale »

La Chine doit gérer depuis plusieurs années un formidable exode rural. Les principaux enjeux dû à cet exode rural sont la centralisation de l’agriculture en gérant la décroissance de la population agricole passant de 230 millions d’agriculteurs aujourd’hui à 30 millions en 2050, c’est le projet pilote de concentration des acteurs et de mécanisation. Et la sécurisation de ses approvisionnement tant en matière de sécurité alimentaire que d’atteinte des objectifs de production.

La Chine a fait depuis 15 ans de l’agriculture sa priorité numéro 1 en misant également sur l’innovation technologique pour régler ces problèmes, utilisant son dirigisme étatique pour orienter 15 milliards $ d’investissement dans les dans les biotechs.

Les OGM en Chine

En recherche de productivité, les autorités chinoises cherchent naturellement une augmentation de la productivité agricole par un recours accru aux OGM mais elles se heurtent à une forte opposition de la population chinoise aux OGM. Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas de Monsanto ? L’opposition des politiques agricoles locales entrave le dirigisme étatique en matière de recours aux OGM, mais il existe déjà par exemple dans certaines grandes provinces chinoises près de 10% des cultures de maïs OGM.

Consciente des enjeux de nutrition pour une population en forte croissance, la Chine a mis en place une politique de « Go Out Policy » consistant à procéder à des rachats de terres agricoles à l’étranger, dont certaines en Afrique. Cette politique a connu un incroyable engouement sur ces cinq dernières années. Mais la Chine a également procédé au prix fort au rachat pour 43MDS du troisième semencier mondial Syngenta.

Changement des habitudes alimentaires chinoises

Les habitudes alimentaires des chinois évoluent de façon spectaculaire, entre consommation croissante de produits carnés, laitiers et sucrés, un attrait grandissant pour les produits occidentaux et l’image de marque associée (comme la boulangerie-pâtisserie française par exemple), et enfin les nouvelles tendances avec l’émergence du bio et d’une agriculture urbaine.

Alors que la consommation du riz est passée de 107kg/habitant et par an à 97 kg, le même phénomène se vérifie sur les légumes et d’autres céréales, au profit de la consommation de viande et du lait (multiplié par 17 pour le lait). D’autres signaux forts illustrent cette mutation des habitudes alimentaires : +65% de fréquentation pour les Fast Food, une consommation du café multiplié par 4 et par 2 pour les produits carnés en 25 ans (porc le plus consommé et bœuf en croissante augmentation).

D’autres enjeux majeurs se posent à la Chine en matière de santé publique :

  • Le pays compte déjà 110 millions de diabétiques
  • Les consommateurs commencent à être informés à l’image du récent scandale alimentaire sur le lait à la mélanine, largement relayée sur les réseaux sociaux.
  • Les tendances comme le Bio ou le Veganisme se développe

Des petits agriculteurs de campagne qui subsistent grâce aux marchés locaux aux grands groupes agroalimentaires, chinois et étrangers, chacun se positionne pour tirer son épingle du jeu par la conquête de nouveaux territoires de production. Carrefour par exemple, largement installé en Chine, a mis en place un système d’achat en direct auprès des producteurs pour assurer la qualité des produits distribué dans leurs magasins.

Dans cette lancée, Erica Huang, une jeune taiwanaise de 27 ans installée à Pékin depuis 5 ans a créée Farm to Neighbours. Ils organisent 3 marchés par semaine dans Pékin rassemblant des producteurs locaux quasi « Bio » et des entrepreneurs Food (produits d’épicerie fine). Erica Huang entraine ainsi avec elle une large communauté d’entrepreneurs à la tête de la Food Revolution qui s’engage à Beijing.

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